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POURQUOI JOUE-T-ON EXCESSIVEMENT ?
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D'un point de vue économique, s'adonner aux jeux de hasard et d'argent représente un paradoxe car les gens misent leur argent dans une activité qui, à coup sûr, leur en fera perdre à long terme. En effet, aux jeux de hasard et d’argent, la maison (l’organisateur) se garde toujours une part de l’argent misé. Par exemple, Loto-Québec garde 8 % de l’argent misé aux appareils de loterie vidéo. Bien sûr, quelques personnes gagnent occasionnellement plus d’argent que ce qu’elles ont misé. Mais une perte financière est inévitable pour ceux qui jouent régulièrement.
Sachant que l’argent perdu à long terme dépassera largement l’argent gagné, qu’est-ce qui peut bien motiver les gens à jouer? Les pensées erronées Une perspective de plus en plus répandue pour expliquer ce paradoxe suggère que les joueurs comprennent mal la nature des jeux de hasard et d'argent. Cette approche, dite cognitive, propose que les joueurs persistent à jouer en raison d'une conception erronée du jeu plutôt qu'en raison d'un quelconque défaut dans leur éducation, leur environnement social ou leur personnalité. Ainsi, bien que les gens soient relativement rationnels en dehors d’une situation de jeu, il se produit une sorte de dérapage cognitif lorsqu’ils jouent. En fait, les joueurs continuent d'appliquer les principes de raisonnement de la vie de tous les jours à une situation régie par les lois du hasard. Le cerveau humain recherche des relations entre les événements. Il analyse nos expériences passées afin de prendre des décisions qui nous permettront de mieux gérer le présent et de mieux planifier l’avenir. Dans les situations de la vie quotidienne (par exemple, la conduite automobile et les nombreuses décisions que cela implique), cette façon de raisonner est tout à fait adaptée et même souhaitable. Cependant, dans les situations dominées par le hasard, cette faculté devient complètement inutile puisque les événements sont absolument imprévisibles. Chercher des relations entre les événements dans la pratique des jeux de hasard et d'argent s'avère donc inadéquat et mène à des résultats désastreux. En continuant d'appliquer le principe « cause => effet », les joueurs en arrivent même à croire qu’ils peuvent déjouer le hasard et que le développement de stratégies augmentera leurs chances de gagner. Mais pourquoi en est-il ainsi? L’illusion de contrôle Le piège, dans les jeux de hasard et d'argent, est de les considérer comme des jeux d’adresse. Les aborder ainsi engendre une illusion de contrôle et fait surestimer les chances de gagner. Dans un jeu d’adresse, on apprend de ses erreurs passées dans le but d’améliorer sa performance, mais dans les jeux de hasard, il est absolument inutile de tenter d’améliorer ses « stratégies » en examinant les coups précédents. Les résultats étant déterminés par le hasard, les stratégies ne sont d’aucune utilité. Cette illusion de contrôle, qui peut être d’ailleurs très forte, a pour conséquence d’augmenter l’intérêt pour le jeu et le montant d’argent que les joueurs sont prêts à miser. L’exemple le plus évident de l’illusion de contrôle est très certainement le comportement superstitieux. Bon nombre d’adeptes du bingo possèdent des porte-bonheurs; d’autres exécutent des rituels avant de miser de l’argent, croyant que ceux-ci feront tourner le jeu en leur faveur. Choisir des numéros spécifiques au Lotto 6/49 est également une manifestation de l'illusion de contrôle de même que changer de machine à sous pour augmenter ses chances de gagner. L’évaluation biaisée des résultats Même si les joueurs croient contrôler l’issue du jeu, il n’en demeure pas moins qu’ils perdent plus qu’ils ne gagnent. Leur expérience au jeu de même que le nombre de billets qui fuient leur portefeuille devraient leur indiquer que jouer n’est pas une activité rentable. Par contre, les joueurs ne font pas une évaluation objective des résultats et de leur comportement. Les coïncidences du jeu font en sorte qu’à l’occasion, un gain viendra renforcer certains comportements ou certaines pensées. Leur interprétation biaisée des résultats fera en sorte qu'ils attribueront ces gains à leurs « habiletés » («Je le savais que je gagnerais!») et les échecs à des facteurs extérieurs (« Ce n’est pas une machine payante! »), préservant ainsi leur illusion de contrôle. Persuadés qu’ils finiront par gagner un jour, ils ne prennent pas conscience que leur mode de pensée est inefficace et même, nuisible. Joueurs occasionnels et joueurs excessifs Les pensées erronées se retrouvent aussi bien chez les joueurs occasionnels que chez les joueurs excessifs. Cependant, elles sont plus fréquentes et plus fortes chez ces derniers. Le joueur excessif est convaincu que sa manière de jouer est importante pour gagner alors que le joueur occasionnel reconnaîtra plus facilement qu’au bout du compte, sa façon de jouer ne change rien aux résultats obtenus. Un autre facteur qui distingue les joueurs occasionnels des joueurs excessifs est la motivation de ces derniers à gagner de l’argent. La motivation monétaire est la première raison pour laquelle tout le monde joue; la participation accrue des gens au Super 7 lorsque le gros lot atteint plusieurs millions de dollars montre de façon éloquente cette motivation. Les joueurs occasionnels espèrent gagner de l’argent mais ils ne considèrent pas le jeu comme une source de revenus; alors que les joueurs excessifs, eux, considèrent le jeu comme une source potentielle de revenus. Des gains importants peuvent avoir influencé à la hausse leur désir de faire de l'argent. En effet, plusieurs joueurs excessifs ont le souvenir d'avoir gagné « beaucoup d’argent » à leurs premières expériences avec le jeu. Ces gains stimuleraient davantage leur motivation à faire de l'argent et leur illusion de contrôle. Une fois dans la spirale du jeu, le besoin de gagner de l’argent se transforme en besoin de récupérer les pertes engendrées par le jeu régulier. Le joueur tente de se refaire indéfiniment puisqu’il ne se rend pas compte qu’il ne peut sortir gagnant d’un jeu totalement dominé par le hasard. |